Contes, vents et courants

Départ de Rio le 18 avril dans l’après-midi, sous la pluie pour profiter de la fin du front et du vent à priori favorable pour le passage du redoutable Cabo Frio. Fidèles à nous mêmes, nous prenons du retard et sommes forcés de faire du moteur contre vents et courants. Une fois passé le cap, le vent continue de refuser, Georges le moteur fait des siennes et nous laisse encalminés au milieu d’un champ de plateformes pétrolières : ces riantes bêtes de rouille et de flammes égaient notre progression jour et nuit. Il y a quelque chose de décourageant à se réveiller pour découvrir les plateformes immobiles crachotant leur fumée, six heures plus tard.Coup à coup, pas après pas, Rêveur de Jour avance en profitant des grains (blancs et noirs). Il faut s’éloigner des côtes pour trouver l’alizé de Sud-Est et le courant favorable, que Michel nous promet. Les dauphins daignent ralentir un peu pour rester avec nous, mais il ont quand même l’air blasé. Enfin après avoir mis plus de 15 jours à faire mille milles nous mettons le cap au Nord et commençons à avancer décemment. Barre amarrée, les romans les plus longs ont une durée de vie moyenne de 2 jours. Nous passons finalement le Cabo Branco, extrémité Est du Brésil. Il ne reste plus qu’à se laisser porter par le courant – le GPS affiche allègrement 8 nœuds et plus – et récolter le matin les poissons volants sur le pont. Nous croisons une baleine. Un tiers de l’équipage soutient mordicus que c’est un Rorqual de Rudolf, les autres ne sont pas dupes : c’est plus grand que le bateau et ça souffle, c’est donc une baleine, tout court. Puisqu’on parle de lui, Antoine B notre Biologiste officiel identifie formellement un magnifique labbe pomarin tandis qu’un fou fait des glissades sur le panneau solaire.

L’influence de l’Amazone se fait sentir alors que nous passons à plus de 100 milles au large de son embouchure. La mer devient sombre et hachée.

Le courant finit par ralentir alors que nous nous éloignons de la côte pour remonter au bon plein entre Trinidad et la Barbade. Direction la Martinique. Enfin cent cinquante milles de l’arrivée, nous nous ralentissons l’allure en prenant un cap qui nous permet d’attacher la barre pour lire. Nous ne connaissons pas la région et préférons arriver de jour. Nous longeons la côte sous le vent et Rêveur de Jour arrive en face de la Grande Anse d’Arlets au lever du soleil. Quelques tentatives de prise de coffre à la voile plus tard… et nous prenons le café à bord du Rara Avis. Près de la plage est mouillé un Écume de Mer rouge, impossible de se tromper : c’est Aurélie, le bateau de PO (Pierre-Olivier) avec qui nous avions passé 3 semaines à Dakar…

Le monde est petit !

À bientôt pour le récit de nos aventures Martiniquaises !
AAA

Rio, de Lapa à Santa Teresa. Dans l’ordre chronologique du travers avant bâbord.

Voici le dernier article rédigé par nos trois valeureux marins, avant leur départ pour les Caraïbes. On y parle de Rio et de ses ambiances, des rencontres qu’ils ont faites.

J'aime les panoramas...Les bars ne ferment jamais dans les rues du quartier de Lapa. De simples guitounes. Des comptoirs adossés aux trottoirs. On y boit dehors. En masse. A l’ombre des arches de l’aqueduc, anciennes voies de trams. Un touriste français en était tombé il y a quelques années en faisant le zazou sur le marchepied. Mais rassurez-vous, ce n’est pas pour cela que le trafic a été abandonné : le tram suivant – jaloux – renversa une dizaine de buveurs en s’écrasant dans un bar de Santa Teresa après une descente toute en virages. Le conducteur avait trouvé les freins, mais pas les freins des roues…

Dans la rueSanta Teresa, c’est un autre quartier. Une colline remplie de bars à tableaux. De piliers de zinc, de concerts journaliers, et d’une communauté internationale et polyglotte foisonnante. Enfin, de petites ruelles qui montent sec pour leurs passants imbibés de bières glacées à en perdre le goût. Elles sont au soja… Pour ma défense, j’en avais bu avant de l’apprendre. Les cervejas premium, elles, sont au malt. Même pas importées, sans quoi le prix grimperait plus haut que la mousse. 100 % de taxes… oui, oui.

Si nous connaissons si bien l’endroit, c’est qu’il abrite la maison de Julien, l’instituteur avec qui nous menons notre projet, et Alpha, professeur de français. Difficile de trouver plus accueillants. Nous avons mangé chez eux une feijoada (plat à base de haricots noirs, viande de porc et farine de manioc) dont le seul souvenir réveille les papilles. C’est aussi grâce à eux que vous trouverez peut-être quelques bouteilles intéressantes à l’arrivée.

Surtout vous pourrez découvrir le travail des élèves de sa classe, fils d’expats purs jus, franco-brésiliens biens installés ou cariocas de souche. Mélange bilingue et explosif, mais à cet âge on écoute toujours autant les histoires.

Le reste de Rio est constellé de fast food – fast fruits. Les étagères croulent de papayes, mangues, oranges, citrons, goyaves, ananas, melons, pastèques, avocats, et d’un tas – je répète : un tas – d’autres sans traduction. Mixés et servis à toute heure, nous les découvrons avec Steph, une amie à Rio pour un an, partagée entre études et JMJ.

Antoine ou Tomb Raider ?      Antoine, fou ?

On en profite aussi pour gravir le pain de sucre et le Corcovado. La jungle. Parfois raide.

Toujours dehors. Peu de temps pour le Iate clubs de Rio de Janeiro où quelques exercices de haute voltige diplomatique nous ont permis de prendre un coffre. Remercions pour cela l’éloquence de Serge qui nous invite dans l’enceinte et plaide notre cause auprès du Commodore.

On y rencontre Zé et Monica qui nous font découvrir la musique de Rio. Chorro et Foro. A Santa Teresa ou Lapa. Bien sûr. La samba était en pause après l’overdose du carnaval. Le funk des favelas sera pour la prochaine fois.

Monica et Zé sur leur bateau

Jorge, propriétaire d’un Star, nous invite à naviguer. Il faut dire que l’esprit régate vogue sur le club tous les week-end. L’occasion de sortir des hangars la flotte de dériveurs. Il y a ici plus de Finn que dans toute la France et une belle collection de Lasers. Sans compter quelques équipages olympiques de Forty-Niner qui ne se mélangent pas aux amateurs, nous n’en voulons pas à ces demi-dieux, la comparaison serait impossible.

Enfin nous retrouvons des français au mouillage d’à côté. Jacques-Olivier et Philippe (on avait déjà croisé le dernier à Dakar). L’approvisionnement vient d’arriver. Joie ! Un camembert et un saucisson. Des vrais ! Qui sentent !

Sur ce, nous partons pour une longue navigation vers les Caraïbes et la Martinique. Ça risque d’être long : rendez-vous dans quarante-cinq jours !

Jésus et le touriste américain

Sale temps pour les moineaux.

La sortie du Rio de la Plata se fait le regard vers la poupe : On annonce du vent et des fronts en tous genres… d’une manière générale il ne faut pas se fier à ce plan d’eau capricieux. Un matin de pétole les nuages derrière nous se transforment en un grand cigare blanc qui nous rattrape doucement. Pas de soucis, on est au moteur, et un pampero amènerait au moins du vent.


Mais non – Déception – c’est juste un front tout mou qui transforme la pétole d’Est en pétole d’Ouest. « Cigarillo blanc pas de vent, cigarillo negro pampero ».
Moralité : fiez vous à votre baromètre.

Quelques heures plus tard, un passager clandestin apparait dans les plis de la grand voile. Moineau que nous baptisons immédiatement Pantagruel. De la force de ses dix grammes détrempés et de son estomac de baptême, il s’attelle à l’extermination de tous les insectes égarés sur le pont, pour une moyenne de dix papillons à l’heure.
Le vent monte doucement. Il ne vole plus qu’avec difficulté. Manque sa seule planche de salut : un pétrolier de passage. Enfin, au près dans 25 noeuds, l’oisillon se terre piteusement dans un coffre de cockpit. Sauvé ? Il en sort le matin suivant tout trempé. Le petit rabelaisien reprend du service en prédateur farouche. Quelques proies aussi ont survécues… et c’est en voletant bêtement ça et là, qu’il est emporté par une rafale. Adieu Pantagruel, ce fut bref mais intense. On agite le mouchoir. La prochaine fois, tu y penseras : « une patte pour soi, une patte pour le bateau. »

Le reste de la traversée se résume en peu de mots :
25 noeuds de vent tournant qui lève une mer affreuse. Trois perturbations de suite. Beaucoup d’eau. Un petit aperçu du Sud (le grand). Au moins on avance bien.

Après douze jours, nous commençons à croiser des bancs de pêcheurs armés de projecteurs et des vols de frégates – oiseau méchant s’il en est. Ces signes ne trompent pas : bientôt des  montagnes sortent de la brume, le Pain de Sucre à l’avant-garde. Le canal d’urgence (16) nous donne un avant-goût du Brésil : on entend plaisanter et même de la musique, pas une seconde de silence. Nous qui n’avions jusque là qu’un CD de Chico Buarque pour apprendre le Portugais…

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Nous entrons de la baie de Guanabara à 7 nœuds au coude à coude avec un pétrolier. Le Christ du Corcovado joue à cache-cache avec les nuages. Les immeubles sont réduits au silence par les montagnes environnantes. Un jeune homme discret nous aide à communiquer avec le bureau du port. Il se trouve qu’il est professionnel de 49er, mais bien sûr il ne nous en dit rien. Toute l’équipe de voile olympique du Brésil semble s’être donnée rendez-vous ici.

Quant à nous, nous prenons vite le rythme brésilien, composé de peu d’heures de sommeil…