Graciosement vôtre

Porté au portant par un vent pourtant apaisé, véloce et vaillant toutes voiles envoyées, RDJ  rallie le rivage rayonnant de la Graciosa.
Escorté de notre petit nuage…

« C’est la tempête,ici » nous confie Swingy, une canarienne d’adoption. Que dis-je ?! Une Graciosera d’adoption. En effet, quelques gouttes s’échappent du ciel désespérément gris tandis qu’un inhabituel vent de Sud-Ouest traine son asthme jusqu’à nos frimousses.

Les habitants s’abritent derrière leurs volets bleus. Qu’à cela ne tienne, notre nouvelle voisine de ponton nous introduit aux spécialités locales. La terrasse est vide. Nos assiettes pleines. Voilà qui est un bon début.

L’Île, d’ailleurs, grouille de compatriotes, tous sympathiquement festifs. Nous passerons donc nos journées entres réparations de jour et diners amicaux de nuit. Le tout au pied des volcans canariens. Un terrible piège à attraper du retard.

Ce n’est pourtant guère le cadre qui nous retient, mais bien l’entretien du bateau.  La protection du safran s’effrite déjà et  part en plaques entières. La stratification n’adhère plus au bois. Il nous faut mettre tout à nu et isoler de nouveau. Une opération impossible sur l’eau.

Nos regards se tournent vers la grue. Une mise à sec s’impose en même temps que le folklore local. Ici, la débrouille prime. Avec une certaine efficacité. Et, si nous ne parlons pas la langue, le grutier est sourd-muet. Un handicap qu’il compense largement en générosité… et puis nous parlions déjà « avé lé mains ». Cela ne nous empêche pas d’avoir avec lui une discussion poussée sur la condition féminine au Brésil.

À cela s’ajoute une révision des passes-coques,le remplacement de la drisse de trinquette (cordage qui permet d’envoyer la seconde voile d’avant en tête de mat), l’installation des moustiquaires en vue du Sénégal et un nettoyage en règle du navire.

Le bricolage sur les pontons est fort agréable, ponctué de bavardages et de visites de bateaux. Felice le vénitien s’exclame en entrant dans notre canot : «   Poutin ! C’est Kermoi ça ! « . Il y a 25 ans, il est monté sur RDJ, à l’époque baptisé Kermoi, et barré par Pierre Brun, le constructeur du bateau. Comme quoi, le monde est petit. En plus de savoir faire des pizzas, Felice a navigué sur toutes les mers du globe, et connaît tout (point). Ses conseils nous ont été et seront précieux.

En parlant de conseils, nous remercions également Yvette et Martine, couturières de haut vol, pédagogues diplômées, sans qui nous n’aurions jamais su recoudre nos voiles.

Le temps passe, déjà presque deux semaine que nous sommes au port, il va être temps de repartir. Le bateau est matossé pour se préparer au portant (tout le poids est mis sur l’arrière, pour faciliter le planing). Nous recrutons pour l’occasion deux équipiers de choc, Gaspar et Rocio, qui nous accompagnent jusqu’à Las Palmas de Gran Canaria, où ils rejoindront un catamaran au départ pour les Caraïbes. Vous pouvez les suivre sur leur blog.

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