Soudure à sec et viande arrosée

Nous quittons Buenos Aires à 23h contre vents et courants. Contre une mer hachée qui annonce 100 milles de tambours sur la coque. Ne parlez pas de monotone : la nuit voit des sautes de vent de rien à trop… Le rythme change vite dans le Rio de la Plata.

Ce qui n’empêche pas le jour de se lever sur Montevideo dans des conditions d’approche idéales, Rêveur de Jour tire des bords presque corrects dans la légère brise.

Le Yacht Club Uruguayo est bien plus accueillant que son homologue Argentin. Il y a même des voyageurs. Nous rencontrons très vite Louis, parti de France il y a 10 ans, et arrivé ici il y a 6 ans déjà. Il vit sur un Rêve d’Antilles orange (précisons : la bête est en acier), on est faits pour s’entendre. Nous croisons aussi Gwendal et Zoë sur La Boiteuse… et Galia Moss qui fait le tour de l’Amérique du Sud sur un RM 1060 tout neuf, aidée par Joan (son blog). Pour la petite histoire Galia a le même routeur que nous : Michel est bien une star internationale.

Pour réparer, il nous faut sortir le bateau de l’eau. Le bon sens veut en effet que l’on fasse ses soudures sans bouger, et le sens commun qu’un bateau à l’eau n’y consent pas. Nos regards vers la grue. Fond du port. Pas d’eau. Une petite larme à l’œil pour en rajouter ne suffit pas. Nous passons donc les premiers jours à attendre que la marée monte. Cauchemar de Breton. Ici la marée fait fi de la lune et n’écoute que le vent. Du Sud, ça monte. Du reste, rien… Avec des variations allant jusqu’à un mètre cinquante en une heure.

Un jour, enfin, il y a « assez d’eau ». L’équipe de la grue nous dit d’amener le bateau. Assez d’eau donc et à mi-parcours, nous trainons RDJ dans la boue (40cm de vase au bas mot) avec l’aide d’une lancha à moteur.

Le casse-tête pour passer la grue entre les haubans sans démâter nous prend tout l’après-midi et le lendemain matin, nous sommes sur le terre plein. Deux soudeurs apparaissent. Maté en main. L’affaire est rondement menée et tout est fini en moins d’une journée, pour notre plus grand soulagement. Nous en profitons pour passer un peu de peinture sur la coque, vérifier l’arbre d’hélice, désaccoupler le tourteau pour changer sa clavette, et autres joyeuses besognes aux noms barbares.

Avant de remettre le bateau à l’eau, nous partageons un asado avec l’équipe du terre plein. Antoine qui est allé acheter la viande avec l’asador (grand-maître du barbecue) est témoin d’un dialogue typique :
« - Vous avez du pulpon ? (partie du boeuf)
- Oui
- 7 kilos. »

Remarquez que pour assiettes, on utilise ici des planches à découper, ce qui veut déjà tout dire.

Une fois le repas terminé, nous nous levons en pachyderme sereins, pensant que la journée est terminée. Personne ne peut travailler avec ça dans le ventre. Mais les Uruguayens sont d’une autre trempe : Le tracteur vient nous chercher pour la mise à l’eau.

Dans la foulée, nous procédons à un échange de pavillons avec le Yacht Club (c’est un honneur qu’on nous fait). Nous porterons désormais leurs couleurs les jours de fête. Un créneau météo se profile : il va faire mauvais – Ô joie ! – les vents sont favorables. C’est l’heure des adieux précipités et des remerciements maladroits. De toutes façons, il faudra qu’on revienne un jour pour rendre à Louis sa carte du Rio de la Plata. D’ici là, le Brésil nous attend.

AAA

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