Sous notre petit nuage !

Nous étions arrivés à La Corogne humides, couverts de sel du golfe de Gascogne. Nous voici à La Graciosa, la plus nordique des Îles canariennes où nous sommes aussi arrivés trempés, pour changer.
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Nous y reviendrons plus loin. La Corogne d’abord :
C’est un port agréable dominé par le petit fortin de San Antonio, où l’imagination cherche à camoufler de vieux galions d’or dans les canons. Dominé aussi par la vieille ville et ses petites rues aux coins desquelles l’on trouvera, au choix, une église, un bar à chupitos ou une jamoneria. Inutile de préciser que nous repartîmes chargés d’un serrano de 7 kilos qui fut le compagnon attentionné de  tous nos quarts de nuits. Et ceux-ci furent parfois rudes.
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Parlons maintenant de la navigation :
Le départ se fait sous un vent faible mais présent, prévu instable. Seule fenêtre météo possible entre deux coups de vents contraires. Éole, malheureusement, tourne pétole. Moteur et damnation… Les jours suivants, la dépression se fixe sur les Açores, le vent est prévu forcissant par le Sud-Est. Nous tirons un bord vers Vigo, pour capter une météo. Notre faible niveau d’espagnol nous permet tout de même de comprendre qu’il n’y a pas de tempête au programme . Plutôt que de multiplier les étapes et subir la mauvaise houle de la côte, nous repartons vers le large, préparés au près.
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Il s’en suit trois jours de  forte gite dans des conditions maniables, nous sommes sereins au large de Porto. Le temps s’éclaircit, le vent amorce une bascule vers l’Ouest, nous espérons toucher du vent portant dans les jours suivants. Hélas plutôt que de remonter, le baromètre part en chute libre : Nous ne sommes pas au bout de nos peines, loin de là. Un autre front sort de l’horizon comme une mouche de sa farine et nous force de nouveau au près. Le vent gronde et monte jusqu’à faire prononcer ces terribles phrases au changement de quart :
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 » A l’intérieur, c’est l’apocalypse !  » –  » Dehors, c’est l’enfer ! « .
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Pas de panique, c’est juste pour dire qu’il est difficile de dormir dans ces conditions.
Les trois ris dans la grand-voile ne sont pas de trop pour étaler les rafales, heureusement ce n’est qu’un (très) gros grain et en une heure, le vent baisse confortablement, mais voici que l’orage s’en mêle. Nous passons deux nuits batteries débranchées, à zigzaguer entre les nuages. Nous pensons être sortis sans dommage de ce front. C’est sans compter que la Dobox, la balise satellite qui vous permet de nous suivre au jour le jour décide d’arrêter d’émettre, sans que nous ayons moyen de le savoir. Inquiétude à terre, le CROSS est averti de l’incident. A bord nous ne nous doutons de rien, mais savons qu’en cas de problème nous pouvons contacter par radio l’un des nombreux cargos que nous croisons. Le moral ne faiblit pas, pourtant nous sommes toujours au près, le ciel est uniformément gris et il pleut en permanence.
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Il faut tout de même conjurer le mauvais sort. De nuit, autour d’un bon repas, armés des trois bières bretonnes qui nous accompagnent depuis Douarnenez, nous portons un toast d’adieu aux pays celtes et à la pluie. La part de la mer n’est pas oubliée… Celle-ci agréée notre prière et un poisson volant (ivre sans doute) heurte notre pare brise comme une chauve-souris égarée. C’est un signe, il finira dans la poêle.
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Magiquement, le lendemain matin est beau. Ensoleillé. C’est ici, ici seulement que nous pouvons pondérer le propos : non, il n’y a pas eu que du près, nous avons eu le droit à une belle journée au portant. Dare-dare, nous enlevons  les vestes de quart, sortons la ligne, le hamac et le chapeau de paille. Il s’en faut de peu que nous ne remontions notre première daurade coryphène…
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Les alizés ? Enfin ? De Nord-Ouest ? C’est étrange…
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Bien sûr que non ! Comme il est désormais de coutume, le ciel se couvre, le vent refuse. Refuse et refuse encore… Intrigués, nous demandons à un cargo de passage un bulletin météo. La communication est difficile, voici un extrait :
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Cargo (Fort accent indéterminé): What is your Destination?
Antoine : Our destination is Gran Canaria
Cargo : Weather is good… today not very good, but tomorrow good !
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Nous n’insistons pas, ces informations ne valent pas grand-chose, mais si un cyclone était annoncé, il nous l’aurait peut-être dit. En fait, un nouveau front arrive, le vent remonte à force 6 et, au bout de 24h, revient pile dans notre nez.
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Lassés de tirer des bords pour des queues de prunes, inquiets de l’évolution de la météo, nous considérons nos options. Notre guide nautique des Canaries présente La Graciosa comme la plus petite île de l’archipel, et la plus sympathique. Le choix est clair : atteindre en 12 heures une île paradisiaque au portant ou continuer vers un port industriel, contre le vent, pour une durée indéterminée dans un temps menaçant. L’obstination a ses limites et nous nous offrons de beaux surfs.
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Rêveur De Jour arrive comme une fleur au milieu de la nuit, les trésors de la Graciosa attendront le matin, et le prochain article.