Bateau papillon

Samedi 24 novembre au lever du jour, les lumières que nous avons suivies toute la nuit se transforment en bâtiments, en pylônes. C’est la terre et la bonne : Le Cap Vert, extrémité ouest de l’Afrique. Une presque-île couverte entièrement par l’agglomération Dakaroise, qui détonne un peu sur cette côte longiligne.

Nous passons les rochers de l’île de la Madeleine et contournons la ville pour entrer dans la baie de Hann où nous jetons l’ancre devant le Cercle de la Voile de Dakar (CVD), refuge de navigateurs, mais aussi de voyageurs de tous acabits.

 Pour en arriver là, un peu plus de sept jours de portant. Oui, vous lisez bien : du portant ! Les alizés ont léché la poupe de RDJ avec une constance et une régularité dignes d’éloges. Alors, plein vent arrière, nous nous sommes rendu à l’évidence. La grand-voile (25 m2) ne sert à rien si ce n’est à prendre le vent du génois (50 m2). Nous l’affalons et la voile d’avant est bientôt rejointe par la trinquette.

 Notre beau bateau jaune déploie ses ailes et avale paisiblement les milles en route rectiligne.

Débarqués par le passeur du club, nous découvrons la capitale sénégalaise, grande, encombrée, pleine de vie et de taxis. L’officier de douane, hilare, expédie notre cas en moins de temps qu’il n’en faut pour prendre un thé sur un  » Bienvenue… bienvenue à Dakar ! « . Quant à l’ambiance de ponton, elle se retrouve sur la plage, tout comme le dit-thé…

Ah, mais ne croyez pas que ce soit la siesta permanente. Non ! Bien cachés derrière la tranquillité africaine, les travaux sont lancés : annexe, moteur(s), régulateur d’allure… en attendant de pouvoir travailler avec l’Empire des enfants.

Les premiers contacts avec l’association sont prometteurs. Ce qui est un euphémisme. Affaire à suivre.

Las Palmas, UK

Après notre longue escale à La Graciosa, c’était bon de reprendre la mer, même brièvement. Grâce à Gaspar et Rocio, nous avons pu faire des quarts de nuit à deux.

Cabotage et croisière côtière, nous revoilà !

En un peu plus de 24h, nous sommes arrivés au mouillage de Las Palmas de Gran Canaria dans un vent mollissant (pour une fois). Dans cette (trop) grande ville, nous avons récupéré les divers colis qui nous attendaient, et pouvons comparer l’ambiance franco-belge de la Graciosa à l’ambiance de yacht club anglais qui règne ici avant le départ de l’ARC (Atlantic Rally for Cruisers). Les bateaux et les équipages ne sont pas les mêmes. Le « french style of sailing » défini par un voisin Danois comme « Very relaxed… and a little hippy » s’oppose au flegme anglais. Nous en profitons pour admirer les 60 pieds de luxe, bêtes de courses, et yachts classiques (on bave).

Felice de La Graciosa skippera un bateau Italien prétendant au podium, nous lui souhaitons bonne chance contre tous ces anglais (c’est ça la solidarité latine). Nous chanterons pour lui Bella Ciao le jour du départ.

Le moment est venu de dire au revoir à Gaspar et Rocio, à Thélonious Sphère (www.sanvoyage06.webou.net) et à Don Quichotte que nous avons revus ici. Nous les retrouverons peut-être dans quelques mois de l’autre côté de l’Atlantique, ou dans vingt ans sur une île du Pacifique…

Le vent doit remonter ce soir et nous partirons dans la nuit, l’alizé établi devrait nous permettre de parcourir les 900 milles qui nous séparent de Dakar en une petite dizaine de jours. Vous savez, l’alizé, ce vent constant qui souffle normalement sous les tropiques en cette saison. Un mythe? Les prévisions sont formelles : il arrive. On y croit pour l’instant, au pire on fera du près, ça ne sera ni la première fois, ni la dernière.

Cabotage et croisière côtière, adieu !

Graciosement vôtre

Porté au portant par un vent pourtant apaisé, véloce et vaillant toutes voiles envoyées, RDJ  rallie le rivage rayonnant de la Graciosa.
Escorté de notre petit nuage…

« C’est la tempête,ici » nous confie Swingy, une canarienne d’adoption. Que dis-je ?! Une Graciosera d’adoption. En effet, quelques gouttes s’échappent du ciel désespérément gris tandis qu’un inhabituel vent de Sud-Ouest traine son asthme jusqu’à nos frimousses.

Les habitants s’abritent derrière leurs volets bleus. Qu’à cela ne tienne, notre nouvelle voisine de ponton nous introduit aux spécialités locales. La terrasse est vide. Nos assiettes pleines. Voilà qui est un bon début.

L’Île, d’ailleurs, grouille de compatriotes, tous sympathiquement festifs. Nous passerons donc nos journées entres réparations de jour et diners amicaux de nuit. Le tout au pied des volcans canariens. Un terrible piège à attraper du retard.

Ce n’est pourtant guère le cadre qui nous retient, mais bien l’entretien du bateau.  La protection du safran s’effrite déjà et  part en plaques entières. La stratification n’adhère plus au bois. Il nous faut mettre tout à nu et isoler de nouveau. Une opération impossible sur l’eau.

Nos regards se tournent vers la grue. Une mise à sec s’impose en même temps que le folklore local. Ici, la débrouille prime. Avec une certaine efficacité. Et, si nous ne parlons pas la langue, le grutier est sourd-muet. Un handicap qu’il compense largement en générosité… et puis nous parlions déjà « avé lé mains ». Cela ne nous empêche pas d’avoir avec lui une discussion poussée sur la condition féminine au Brésil.

À cela s’ajoute une révision des passes-coques,le remplacement de la drisse de trinquette (cordage qui permet d’envoyer la seconde voile d’avant en tête de mat), l’installation des moustiquaires en vue du Sénégal et un nettoyage en règle du navire.

Le bricolage sur les pontons est fort agréable, ponctué de bavardages et de visites de bateaux. Felice le vénitien s’exclame en entrant dans notre canot : «   Poutin ! C’est Kermoi ça ! « . Il y a 25 ans, il est monté sur RDJ, à l’époque baptisé Kermoi, et barré par Pierre Brun, le constructeur du bateau. Comme quoi, le monde est petit. En plus de savoir faire des pizzas, Felice a navigué sur toutes les mers du globe, et connaît tout (point). Ses conseils nous ont été et seront précieux.

En parlant de conseils, nous remercions également Yvette et Martine, couturières de haut vol, pédagogues diplômées, sans qui nous n’aurions jamais su recoudre nos voiles.

Le temps passe, déjà presque deux semaine que nous sommes au port, il va être temps de repartir. Le bateau est matossé pour se préparer au portant (tout le poids est mis sur l’arrière, pour faciliter le planing). Nous recrutons pour l’occasion deux équipiers de choc, Gaspar et Rocio, qui nous accompagnent jusqu’à Las Palmas de Gran Canaria, où ils rejoindront un catamaran au départ pour les Caraïbes. Vous pouvez les suivre sur leur blog.