Cap sur Saint-Pierre-et-Miquelon

Un paysage de MiquelonA peine le temps de changer de moteur et voilà déjà nos trois compères partis pour un nouveau périple. Direction une collectivité d’outre-mer française bien connue, Saint-Pierre-et-Miquelon. Le petit mois de navigation qui les attend avant d’atteindre leur dernière escale pourrait effrayer des navigateurs en herbe, mais les trois « A » sont maintenant rodés aux quarts et aux longues traversées, et c’est donc sereins qu’ils partent.

Sereins, et même enthousiastes ! Après un mois de moteur et de mécanique, ils sont en effet ravis de pouvoir prendre de nouveau le large. Coincés au Marin, le grand port de plaisance du Sud de l’île, nos navigateurs n’ont pas vraiment pu profiter des plus beaux paysages de Martinique. Heureusement, les personnalités du port sont plus hautes en couleur que le métal du moteur et les eaux jaunâtres du port, et lors des négociations et de l’échange de leur moteur hors d’usage pour un autre en état de marche, ils font la rencontre de deux d’entre elles : Pichto et Paco, des loups de mers aussi sympathiques que serviables.

Avec l'aide de Pichto et Paco, Antoine manipule le palan à chaîne.

Enfin, avant de faire ses adieux à la Martinique, Rêveur de Jour a eu le droit à une petite beauté : les marins ont fait le carénage, c'est-à-dire le nettoyage de la partie de la coque située sous la ligne de flottaison. Ce fut l'occasion de faire un dernier plongeon "forcé" dans les eaux turquoises des Caraïbes, dans la baie de Sainte-Anne.

La baie de Sainte-Anne

L'équipe à terre

Rio, de Lapa à Santa Teresa. Dans l’ordre chronologique du travers avant bâbord.

Voici le dernier article rédigé par nos trois valeureux marins, avant leur départ pour les Caraïbes. On y parle de Rio et de ses ambiances, des rencontres qu’ils ont faites.

J'aime les panoramas...Les bars ne ferment jamais dans les rues du quartier de Lapa. De simples guitounes. Des comptoirs adossés aux trottoirs. On y boit dehors. En masse. A l’ombre des arches de l’aqueduc, anciennes voies de trams. Un touriste français en était tombé il y a quelques années en faisant le zazou sur le marchepied. Mais rassurez-vous, ce n’est pas pour cela que le trafic a été abandonné : le tram suivant – jaloux – renversa une dizaine de buveurs en s’écrasant dans un bar de Santa Teresa après une descente toute en virages. Le conducteur avait trouvé les freins, mais pas les freins des roues…

Dans la rueSanta Teresa, c’est un autre quartier. Une colline remplie de bars à tableaux. De piliers de zinc, de concerts journaliers, et d’une communauté internationale et polyglotte foisonnante. Enfin, de petites ruelles qui montent sec pour leurs passants imbibés de bières glacées à en perdre le goût. Elles sont au soja… Pour ma défense, j’en avais bu avant de l’apprendre. Les cervejas premium, elles, sont au malt. Même pas importées, sans quoi le prix grimperait plus haut que la mousse. 100 % de taxes… oui, oui.

Si nous connaissons si bien l’endroit, c’est qu’il abrite la maison de Julien, l’instituteur avec qui nous menons notre projet, et Alpha, professeur de français. Difficile de trouver plus accueillants. Nous avons mangé chez eux une feijoada (plat à base de haricots noirs, viande de porc et farine de manioc) dont le seul souvenir réveille les papilles. C’est aussi grâce à eux que vous trouverez peut-être quelques bouteilles intéressantes à l’arrivée.

Surtout vous pourrez découvrir le travail des élèves de sa classe, fils d’expats purs jus, franco-brésiliens biens installés ou cariocas de souche. Mélange bilingue et explosif, mais à cet âge on écoute toujours autant les histoires.

Le reste de Rio est constellé de fast food – fast fruits. Les étagères croulent de papayes, mangues, oranges, citrons, goyaves, ananas, melons, pastèques, avocats, et d’un tas – je répète : un tas – d’autres sans traduction. Mixés et servis à toute heure, nous les découvrons avec Steph, une amie à Rio pour un an, partagée entre études et JMJ.

Antoine ou Tomb Raider ?      Antoine, fou ?

On en profite aussi pour gravir le pain de sucre et le Corcovado. La jungle. Parfois raide.

Toujours dehors. Peu de temps pour le Iate clubs de Rio de Janeiro où quelques exercices de haute voltige diplomatique nous ont permis de prendre un coffre. Remercions pour cela l’éloquence de Serge qui nous invite dans l’enceinte et plaide notre cause auprès du Commodore.

On y rencontre Zé et Monica qui nous font découvrir la musique de Rio. Chorro et Foro. A Santa Teresa ou Lapa. Bien sûr. La samba était en pause après l’overdose du carnaval. Le funk des favelas sera pour la prochaine fois.

Monica et Zé sur leur bateau

Jorge, propriétaire d’un Star, nous invite à naviguer. Il faut dire que l’esprit régate vogue sur le club tous les week-end. L’occasion de sortir des hangars la flotte de dériveurs. Il y a ici plus de Finn que dans toute la France et une belle collection de Lasers. Sans compter quelques équipages olympiques de Forty-Niner qui ne se mélangent pas aux amateurs, nous n’en voulons pas à ces demi-dieux, la comparaison serait impossible.

Enfin nous retrouvons des français au mouillage d’à côté. Jacques-Olivier et Philippe (on avait déjà croisé le dernier à Dakar). L’approvisionnement vient d’arriver. Joie ! Un camembert et un saucisson. Des vrais ! Qui sentent !

Sur ce, nous partons pour une longue navigation vers les Caraïbes et la Martinique. Ça risque d’être long : rendez-vous dans quarante-cinq jours !

Jésus et le touriste américain

Terre ! Terre !

Terre en vue !

Hier, et trente neuf jours après leur départ d’Afrique, nos trois marins ont pu apercevoir les côtes du nouveau continent ! Pour célébrer cette découverte de l’Uruguay, une musique de circonstance s’imposait : ils ont choisi d’écouter la symphonie du Nouveau Monde de Dvorák .

Les signes annonciateurs de la fin de leur transatlantique ne sont pas cette fois les pirogues comme cela avait été le cas avant Dakar, mais les pétroliers ! Après le calme de l’océan et la solitude des mers, c’est en effet une véritable mégalopole qui les attend, mais aussi une bonne douche et de la bonne nourriture, ce dont ils commencent à manquer.

Un pétrolierA bord de Rêveur de Jour, il faut avouer qu’il n’y a plus « grand chose d’intéressant à manger » selon les mots d’Antoine Julia. Malgré cela, ils réussissent encore de belles performances culinaires et ont récemment dégusté un « gâteau » au chocolat !

Un gâteau au chocolat !Même si le plus dur – la transatlantique – est passé, la dernière ligne droite ne s’annonce pas de tout repos pour eux car ils seront accueillis par le « pampero », un fort vent frais venant du Sud qui souffle dans la région de Buenos Aires durant l’été (voir par exemple wikipedia, en anglais, ou le Littré, en français).

Après cela, pas de doute que leur arrivée à Buenos Aires sera méritée ! Ils y resteront alors une semaine, le temps de se reposer un peu, d’être accueillis à l’ambassade et de rendre visite à quelques connaissances ! Puis il sera temps de repartir pour Rio de Janeiro, où ils devraient arriver au début du mois de Mars.

Pour clore cet article, et en attendant les nouvelles que nos marins pourront très bientôt nous donner directement, voici trois autres citations extraites des lectures de nos aventurier, dont certaines reflètent leur état d’esprit…

« L’art est esprit et l’esprit n’a pas à se sentir engagé envers la société. », Docteur Faustus de Thomas Mann.

« Notre monde est celui qui croit à la fin du monde. Qui l’espère et la craint tout à la fois », L’aventure ambiguë de Cheikh Hamidou Kane.

« Qu’on leur donne de la brioche », Marie-Antoinette de Stefan Zweig.

L’équipe à terre